L’engagement des acteurs de la recherche publique et de l’industrie de la santé animale en action.
Co-organisée par le Carnot France Futur Élevage, INRAE et le SIMV le 30 mars 2026, cette table ronde a illustré de manière concrète l’approche One Health, fondée sur l’interdépendance entre santé animale, humaine et environnementale. Si ce concept est aujourd’hui largement reconnu, sa mise en œuvre opérationnelle reste encore un défi. Les échanges ont permis d’identifier ce qui fonctionne, les facteurs de succès, les freins persistants et les leviers d’amélioration.




La table ronde a réuni des acteurs clés de la recherche publique et l’industrie de la santé animale : Renato Amorim (Vice-président Global Market Access & Public Affairs, Ceva Santé Animale), David Lussot (Directeur Communications et Affaires Publiques, MSD Santé Animale), Éric Quemeneur (Directeur du programme France Vaccins, INSERM), Fabrice Laurent (Directeur de recherche, chef de département adjoint Santé animale, INRAE), Éric Sellal (PDG, Biosellal) et Maxime Fusade-Boyer (Directeur de recherche UMR IHAP, INRAE-ENVT). Les échanges étaient animés par Jean-Louis Hunault (Président du SIMV) et Muriel Vayssier-Taussat (Directrice du Carnot France Futur Élevage, INRAE).


Des applications concrètes déjà opérationnelles
Plusieurs exemples ont démontré la pertinence du One Health sur le terrain :
- Surveillance et recherche sur les zoonoses : les travaux de l’UMR IHAP sur l’influenza aviaire illustrent une approche intégrée combinant surveillance internationale, recherche fondamentale et renforcement des capacités locales, permettant d’anticiper les risques de transmission à l’homme.
- Vaccination animale au service de la santé humaine : l’exemple de la fièvre Q montre l’intérêt d’intégrer des modèles économiques et épidémiologiques pour intégrer et guider les politiques publiques levant ainsi les réticences.
- Leptospirose : cette zoonose illustre parfaitement le One Health, où la vaccination animale réduit la circulation du pathogène dans l’environnement et protège indirectement l’homme.
- Diagnostic vétérinaire en appui à la crise Covid-19 : la mobilisation tardive mais efficace des laboratoires vétérinaires a mis en évidence leur capacité à réaliser des analyses massives, rapides et flexibles, ainsi que leur potentiel sous-exploité en santé publique.
Ces exemples confirment que la santé animale ne doit plus être perçu uniquement comme une source de risque, mais aussi comme une partie de la solution.
Facteurs clés de succès et freins persistants

Facteurs de succès :
- Partage de données et infrastructures : biobanques, modèles animaux et plateformes expérimentales favorisent les synergies.
- Collaboration : essentielle pour mutualiser les ressources, accélérer la R&D et développer des innovations
- Approche interdisciplinaire : intégration des approches économiques et sociales pour améliorer l’efficacité et l’acceptabilité des solutions.
- Capacité opérationnelle du secteur vétérinaire : rapidité, gestion de volumes élevés, systèmes ouverts et flexibles.
Freins majeurs :
- Faible intégration de l’environnement dans les stratégies sanitaires.
- Cloisonnement entre santé humaine et animale, renforcé par des différences réglementaires, économiques et culturelles.
- Manque de coordination entre l’amont et l’aval (transfert, industrialisation, réglementation, mise sur le marché).
- Réticences culturelles et acceptabilité vaccinale, chez les professionnels comme dans la société.
- Insuffisance de communication et de partage d’informations, notamment en situation de crise.

Perspectives et recommandations
Pour renforcer l’approche One Health, plusieurs leviers ont été identifiés :
- Décloisonner les disciplines : encourager les collaborations entre santé humaine, animale et environnementale dès les phases amont.
- Renforcer l’implication des pouvoirs publics : structurer le dialogue, intégrer les modèles économiques et soutenir les stratégies (diagnostics, vaccinales)
- Développer la prévention et la surveillance notamment environnementale (eaux usées, faune sauvage), intégrer des outils comme les observatoires vaccinaux, s’appuyer sur le diagnostic
- Soutenir l’innovation et la souveraineté sanitaire : accélérer les transitions recherche–industrie et sécuriser les capacités de production.
- Intégrer les sciences humaines et sociales : améliorer l’acceptabilité des politiques de santé.
- Favoriser la formation et les exercices interprofessionnels pour créer une culture commune One Health.
Conclusion
Cette table ronde met en évidence que le One Health est déjà une réalité opérationnelle dans certains domaines, mais encore insuffisamment systématisée. Son déploiement repose sur un changement de paradigme : passer d’approches sectorielles à une vision intégrée, collaborative et anticipatrice.
L’enjeu est désormais de transformer les initiatives existantes en un cadre structuré et durable, capable de répondre efficacement aux crises sanitaires futures.